UNE ABSENCE QUI RESONNE

RAPHAEL MENG WU

Les sons du quotidien
Des bruits ordinaires, souvent
ignorés pas, voix étouffées,
machines, silences tendus ont
été patiemment collectés au fil des
années. Ces sons portent en eux
les traces de vies anonymes, de
réalités inégales, de présences
invisibles. Gravés dans la matière,
ils perdent leur voix pour devenir
image : des sons muets, chargés de
ce qui ne peut être dit.

Ces images sont aussi le résultat
d’une écoute attentive des
tensions du monde. Derrière la
banalité des sons se cachent
des déséquilibres, des formes
d’oppression, des injustices
quotidiennes. Les transformer en
gravure est un geste de résistance
silencieuse, une manière de retenir
ce qui disparaît trop vite, et de
faire exister une protestation sans
cris, inscrite dans la durée

Il est un individu craignant de s’exprimer, utilisant l’art comme moyen de communication. C’est l’essence de son commencement artistique et l’objectif qu’il poursuit. Né et élevé en Chine, imprégné de la culture chinoise, il préfère une expression artistique subtile, une pensée qui le guide à capturer l’absence dans la vie. Après cinq ans d’études approfondies aux Beaux-Arts de Liège, son regard s’affine pour observer le quotidien avec une précision délicate et raconter son histoire de manière authentique

SUITES IMPERIALES SECONDE CYCLE

Archéologie du latent, topographie du non-dit comme acte de survie

Septembre 2025/Octobre 2026

Créer, c’est souvent creuser. Non pas pour atteindre une vérité fixe, mais pour sonder les strates mouvantes de ce qui échappe. L’artiste, figure à la fois surexposée et marginale, n’est pas en dehors du monde : il en est un produit, un reflet, parfois un symptôme. Il est traversé par les tensions d’une époque, d’un système, d’un corps social qui l’aliène tout en le désignant comme à part.
Dans cette aliénation – sociale, économique, psychique – l’artiste se cherche. L’introspection devient alors plus qu’un simple repli intérieur : c’est un acte de survie, une tentative de reprendre possession de soi à travers les formes. Mais ce « soi » est déjà fragmenté, saturé, traversé par des voix qui ne sont pas les siennes. Il s’agit donc moins de se retrouver que de fouiller dans ce qui a été enfoui, nié, dissimulé ou dissous.

C’est ici que commence l’archéologie du latent : un travail lent, profond, presque clandestin. Chaque œuvre devient un geste de fouille dans les couches invisibles du vécu, de la mémoire, du trauma, du langage dérobé. Il ne s’agit pas de représenter ce qui est là, mais de faire affleurer ce qui n’ose pas, ou ne peut pas, se dire. L’œuvre devient trace, fragment, soupçon.
En parallèle, l’artiste cartographie ses propres silences. Dans cette topographie du non-dit, chaque choix formel, chaque tension entre le brut et le subtil, le figuratif et l’abstrait, participe à l’élaboration d’un territoire ambigu : celui de l’indicible. L’art y révèle à la fois ce qui nous constitue et ce qui nous manque. Ce qui a été perdu, refoulé, ou jamais possédé.

Ainsi, l’artiste travaille dans un entre-deux : ni tout à fait libre, ni totalement captif. Son introspection est toujours traversée par les lignes de force du monde. Elle est prise dans une aliénation qui le dépasse, mais à laquelle il résiste – non pas en proclamant, mais en creusant. En exposant l’écart entre ce qu’il ressent et ce qu’il peut dire. Entre ce qu’il voudrait être et ce que le monde fait de lui.
L’œuvre devient alors un lieu de tension, un espace habité par des voix contradictoires. Elle ne résout rien, ne guérit pas. Mais elle révèle. Elle expose les formes de l’aliénation à travers celles de l’introspection, et laisse apparaître, dans les failles, quelque chose comme une vérité à venir – fragile, incomplète, mais tenace. 

SUITES IMPERIALES SECONDE CYCLE

Archéologie du latent, topographie du non-dit comme acte de survie

Ce second cycle explore l’introspection comme un geste de résistance face à l’aliénation de l’artiste enfermé dans un monde qui se rétréci. Entre œuvres frontales et formes plus ténues, il s’agit de fouiller ce qui sommeille en profondeur, ce qui est latent, et de cartographier les silences intimes comme politiques. L’art devient ici un acte de survie, un espace fragile où l’indicible cherche à prendre forme…